INNU NIKAMU: CHANTER EN INNU

Kuei les amis!

Shauit et moi avons discuté longuement avant le tournage de l’épisode d’aujourd’hui. Nous étions dans le lobby de l’hôtel. Je pensais le connaître jusqu’à ce qu’il me raconte son parcours musical (de vie, je dirais même). Il m’a donné la permission de vous raconter (yay!).

La plupart d’entre vous doit connaître Shauit. Il est un auteur-compositeur-interprète innu chantant dans un style reggae-dancehall complètement unique. Il est un symbole d’avant-gardisme chez les Innus. Il a non seulement été le premier à chanter ainsi dans sa langue autochtone, il m’a appris qu’à l’adolescence il ne parlait pas UN SEUL mot innu. Ça me fascine étant donné qu’il est aujourd’hui complètement habile. 

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Shauit est métis, donc moitié québécois, moitié innu. Il a vécu son enfance à Montréal, avant de retourner vivre à Mani-Utenam au début de l’adolescence. Il a vite été confronté au fait qu’il ne comprenait pas un mot de ce que pouvait raconter les gens de la communauté, ni même sa propre famille si elle ne traduisait pas. Ce qui lui a motivé à rester, c’est d’avoir vécu le festival Innu Nikamu se déroulant tous les étés au premier weekend d’août. Il a été fasciné par les artistes se produisant sur la scène dans leur langue autochtone. 

Il me raconte: «À l’époque, j’étais un très grand fan de musique reggae et j’aimais chanter des covers de Sean Paul. Mais à un moment donné, je me suis mis à imaginer la langue innue chantée dans ce style-là. Et ça sonnait bien dans ma tête. Puis j’avais vu Innu Nikamu. J’avais vu que ça se pouvait de chanter dans sa langue, que c’était bien reçu.» 

C’est alors que Shauit a essayé de chanter l’innu sans même comprendre ce qu’il chantait. Au grand étonnement de Kim Fontaine qui se rappelle bien de l’une de ses performances à l’époque. Shauit se décrit comme un timide, mais tout le monde approuve le fait qu’il détient tout un courage. Et c’est ainsi que les gens l’ont encouragé à se donner en spectacle au Festival Innu Nikamu. Ça me fait tout drôle de connaître cette histoire parce que j’y étais. Je m’en rappelle encore un peu, puisque j’avais été saisi par son… cover de Sean Paul. 

Innu Nikamu a été un point tournant majeur dans sa vie, comme ça l’a été pour une quantité d’autres artistes. Au moment de la création de ce festival, peu chantaient dans leur langue autochtone. Mais ces quelques personnes sont désormais perçus comme des pionniers: Willie Dunn, Willie Mitchell, Morley Loon, Philippe Mckenzie. Ils ont participé à la première édition et ont permis à une génération d’auteurs-compositeurs-interprètes de constater la richesse de leur bagage culturel et de leur langue. En quelques années, le taux d’artistes chantant leur langue est passé de 20% à 80%.

Shauit, avant de quitter pour le studio, me confie: «J’aurais aimé avoir un impact encore plus grand pour ma nation. J’aimerais avoir le pouvoir de changer les choses, de rendre la vie plus facile et de donner espoir. Il faut avoir espoir.»

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Aujourd’hui, Shauit est hôte du studio et accueille la très charmante Sarah Toussaint-Léveillé. Vous pouvez suivre Shauit sur le web via Facebook, Twitter et Instagram.

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