ALLER À LA RENCONTRE DE L’AUTRE

Kuei kuei les amis! 9 épisodes sont déjà passés.

Michel Canapé reçoit nul autre que l’immense Joseph Edgar. Pour moi et pour plusieurs, Joseph est le mélomane derrière Espionne russe. J’étais fier que Michel partage le studio avec lui. Et ils n’ont pas simplement partagé un environnement, ils ont partagé leurs chansons et leurs bagages d’une façon bien particulière. C’est beau à voir, et c’est probablement ce qu’il y a de plus beau sur terre à notre époque. 

Je connais bien Michel Canapé. Il est sur la route depuis bien longtemps avec son groupe Petapan. Florent me confiait pendant le tournage: «Maudit qu’il est bon Michel. Écoute Kevin. Écoute! C’est d’la vraie bonne musique». Il est un des quelques artistes autochtones à avoir pu trouver un public chez les Québécois. Lorsque Petapan est en spectacle à Sept-Îles ou à La Malbaie, il est beau de voir les gens savourer la musique et danser sans même comprendre un seul mot des paroles en innu! C’est ce qu’il nous faut, tous, partout. Oser découvrir ceux et celles qui nous côtoient pourtant depuis si longtemps. 

Je suis natif du même village que Michel, une communauté innue nommée Pessamit. Le village se situe entre la ville de Forestville et celle de Baie-Comeau. On pourrait penser que de se côtoyer quotidiennement au Wal-Mart nous permettrait de constater que malgré nos différences, autochtones et québécois, nous sommes des êtres humains qui vivent sur un même territoire, qui achètent les mêmes «cossins» et la même bouffe pour se nourrir.

Ce n’est pas le cas. Oh, la situation s’améliore d’année en année. Mais le racisme et le profilage est encore très présent et était omniprésent il y a quelques années, même pas. C’est d’ailleurs une situation commune à pratiquement toutes les réserves autochtones côtoyant une municipalité non-autochtone. La source du problème remonte à loin, lorsque légalement les autochtones étaient perçus comme des êtres au quotient intellectuel inférieur. Cette perception, malgré les changements dans les lois, s’est transmise de génération en génération et s’est empirée avec les problèmes de consommation et de violence. Pourtant, peu se sont posés la question à savoir pourquoi la consommation, pourquoi la violence, pourquoi ce mal-être. 

Je ne crois pas vouloir tout expliquer dans cet article. Il y a des causes claires. Et au-delà des problèmes, il existe de nombreux accomplissements. La chaîne APTN en est un. Le festival Innu Nikamu, se déroulant dans ma communauté, en est un. Il en existe plein. Et toutes ces actions portent un message: celui de l’ouverture. 

Aller à la rencontre de l’autre et parfois un pas difficile à faire. Il demande une ouverture de l’esprit, de remettre en question des croyances. Mais c’est ce qui nous sauvera tous de la Guerre avec un grand «g».   

 

 

Avant la remise de la clé, Michel et Joseph ont tous les deux interprété Malian, une pièce à succès de Petapan. Joseph, en grand homme, s’est mis à chanter en innu. À la blague, je lui ai fais rapidement une «carte indienne» pour le féliciter. Il nous a montré que nous étions tous égaux.

Michel Canapé quitte ainsi le studio, tout sourire et fier de son expérience. Il est possible de suivre Michel sur le web via la page Facebook de Petapan!

Discutez avec nous via FacebookInstagram et Twitter en utilisant le mot-clic #cledustudio